chat2

Je suis une raciste – au sens propre du terme. J’aime les chats à pedigree. Je fais partie de ces naïfs qui ont payé pour leur félin à particule plutôt que d’offrir un nouveau foyer à « chat gratuit » en mal d’amour à la SPA. J’ai déboursé, ô scandale, quelques centaines d’euros pour chacun de mes norvégiens. Pratiquement le prix d’un chien.

Je brosse mes chats. Je les baigne. Les shampouine, longuement, deux ou trois fois, avec des gels et des fluides bigarrés, « recommandés par les toiletteurs ». Je les poudre derrière les oreilles. Je leur glisse, parfois, des compléments alimentaires pour la brillance du poil.

J’ai planté un arbre à chats au milieu de mon salon. Glissé des balles bruyantes et des souris puantes sous les canapés pour les entendre jouer. Garni ma cheminée d’un pointeur laser automatique et le dos d’une bibliothèque d’un long grattoir de sisal.

Je choisis pour eux des croquettes premier choix, snobant le fast food de Whiskas, dédaignant les boîtes Gourmet. J’alterne nourriture sèche et humide, songe à l’appétance et à la lutte contre le tartre avant de proposer un menu. J’ai même poussé le vice jusqu’à investir dans un distributeur automatique hors de prix pour qu’ils reçoivent leurs croquettes à minuit.

J’ai équipé ma maison pour ne pas avoir à laisser sortir mes chats. J’ai peur des vols, des bagnoles, des gamins violents, des matous bagarreurs, des produits toxiques, des virus. J’ai protégé mes vélux et construit un enclos.

J’ai des coupes et des cocardes sur mes étagères. J’ai brandi mon chat, arborant sans gêne un sourire fier et béat, sur un podium, sous les applaudissements du public.

Je suis une mémère à chats. Une raciste. Et je n’en ai même pas honte.